“Les sciences sociales permettent aux étudiants de s’émanciper” interview de Victoria di Costanzo

Victoria di Costanzo, étudiante en droit à l’Université d’Aix-Marseille est la première présidente de l’ARES. Elue en octobre dernier, elle nous livre ici ses objectifs et ses ambitions pour son mandat. 

A5 : Peux-tu te présenter, qui es-tu d’où viens-tu ?

Victoria di Constanzo : Je suis Victoria di Costanzo, nouvelle présidente de l’ARES depuis le 20 octobre,  étudiante en Master 1 Droit Public à Aix-en-Provence et actuellement en année de césure.

Ancienne du BDE Droit Aix, l’association des étudiants en Droit à Aix-en-Provence, j’y suis arrivée en 2014. J’ai d’abord été nommée Secrétaire Générale Adjointe puis Secrétaire Générale pendant 1 an et demi avant de devenir Vice-Présidente en charge de la communication pendant 1 an. Je suis ensuite rentrée au bureau national de l’ARES en tant que Vice-Présidente en charge des formations.

 

A5 : Qu’est-ce qui t’a poussé à te présenter à la présidence de la fédération ?

VdC : Comme la plupart des gens qui prennent une présidence je pense, je veux voir les limites d’une structure en faisant partie et je veux les dépasser. L’an dernier j’ai pu observer de l’intérieur ce qu’était notre fédération et observer ses limites internes et externes; j’ai donc commencé à imaginer des moyens de surpasser ces contraintes pour représenter au mieux les étudiants.

J’ai aussi eu le sentiment que tout le travail que nous fournissons méritait d’être plus connu des étudiants et des professionnels, ce qu’on a toujours eu un peu de mal à faire jusqu’ici.

Enfin, la motivation des gens qui m’entouraient a été un fort vecteur d’encouragement.

 

A5 : Comment as-tu constitué ton bureau ?

VdC : C’est un bureau qui s’est constitué assez facilement: les profils venaient rapidement, on avait surtout la volonté d’avoir des gens compétents et qui avaient envie d’innover, autant  sur des postes déjà existant que sur des postes qui n’avaient jamais vu le jour ou ne s’étaient pas réellement implantés au sein de l’ARES. Ça a été le cas notamment avec Alice Lambillon sur le pôle orientation et insertion professionnelle auquel on avait vraiment envie de donner un nouveau départ : Alice a su être très novatrice. De même sur l’innovation sociale il a été directement admis qu’Amélie Rougier prendrait ce poste : elle avait la volonté d’apporter de nouvelles choses à l’ARES et par le volet social elle pensait s’épanouir. Les choses se sont donc faites naturellement pour la plupart des postes avec quelques difficultés sur certains postes, à l’instar des postes de trésorier adjoint ou de chargé de missions sur les cliniques juridiques. Mais on n’exclue pas de coopter de nouveaux membres en cours d’année.

A5 : Tu es la 1ère présidente de l’ARES en 9 ans, est-ce que selon il est plus difficile de s’engager dans les associations lorsqu’on est une femme ? Si oui pourquoi, et comment y remédier ?

VdC : C’est vrai que l’ARES n’avait jamais eu de femme présidente depuis sa création. Notre structure est le reflet de l’écosystème dans lequel nous évoluons les étudiants en sciences sociales sont pour beaucoup des femmes et pour autant très peu se retrouve dans des postes cadres une fois dans le monde professionnel. Il n’est donc pas étonnant de retrouver le même schéma dans nos structures.

Oui il est clair qu’il est plus difficile d’occuper un poste tel que celui ci pour une femme, toutefois je ne pense pas que les femmes aient plus de difficultés à s’engager en tant que tel. Pour preuve, aujourd’hui une grande partie des associations du réseaux on pour présidentes des femmes, à l’heure actuelle mon conseil d’administration est majoritairement composé de femmes. Ce qui signifie que les choses tendent à évoluer Je pense que pour remédier aux difficultés liées au fait d’être une femme et engagée il faut sensibiliser accompagner pour permettre à celles qui le souhaitent de s’engager pleinement. Mais je refuse de tomber dans le schéma classique de la stigmatisation. Il faut faire preuve de bienveillance envers chacun et chacune.

 

A5 : Quel est ton ressenti sur l’état des études de Sciences Sociales actuellement ?

VdC : Je pense que c’est un des domaines qui offre une grande ouverture d’esprit et qui permet aux étudiants qui en font le choix de s’émanciper et de développer au mieux leur esprit critique.  Même si à l’heure actuelle ces études souffrent parfois de mauvaise visibilité ou d’une insertion professionnelle assez limitée, elles permettent dans une certaine mesure aux étudiants qui le souhaitent de se saisir de leurs formations. De nombreux points restent à améliorer pour revaloriser l’ensemble des sciences sociales et ce caractère d’ouverture auprès des jeunes et des professionnels, mais les sciences sociales ont de beaux jours devant elles.

 

A5 : Quelle est ton ambition pour les 420 000 étudiants en sciences sociales ?

VdC : Je veux leur permettre, grâce au travail de l’ARES et son réseau, de s’épanouir pleinement et de réussir avec brio dans leurs études. J’aimerais également que les étudiants en sciences sociales comprennent et entendent l’importance de l’engagement. Enfin je souhaite que l’ARES leur permette de s’engager pleinement et de quelque manière que ce soit.

 

A5 : Tu as commencé à les évoquer mais peux-tu nous en dire plus sur les grands axes de la politique que toi et ton bureau voulez développer ?

VdC : Au niveau de la structure on vise beaucoup l’implication et la transparence à travers la co-construction: en impliquant beaucoup plus les administrateurs, en étant plus transparent avec eux et en essayant de les faire monter en compétence en les faisant participer à un maximum de chose que ce soit au niveau de l’administration de la FAGE ou du développement de nos outils internes (l’un des gros objectifs du pôle secrétariat cette année). S’agissant des nouveaux chantiers, tout le volet de l’innovation sociale va être développé, notamment avec la rédaction pour le mois de décembre du livre vert : un livre de positions qui vont porter sur l’Enseignement Supérieur en Sciences Sociales. Il contiendra un volet sur l’innovation sociale de projets et un volet sur l’orientation et l’insertion professionnelle en lien avec le développement durable. Ce livre vert sera présenté à l’occasion de la COP24 le 6 décembre et aura pour objectif de proposer aux pouvoirs publics des positions et des projets en faveur du développement durable dans la sphère des sciences sociales. Il s’agit de notre plus gros chantier pour ce premier semestre.

Les Relations Internationales, qui ont toujours été difficilement poussées à l’ARES, font aussi parti de nos axes majeurs. Sarah Amari en a la charge, elle sera déjà la semaine prochaine à Budapest pour le concours européen d’éloquence avec la gagnante du concours national d’éloquence, et nous étions la semaine dernière à Bruxelles pour participer à la mise en place d’une certification européenne de qualité des stages (ce qui touche à la fois au volet RI et au volet OIP). Sur ce plan les choses avancent donc bien mais nous travaillons aussi sur la question des mobilités européennes et des élections européennes : nous voulons développer ce côté européen qui nous semble avoir un peu manqué par le passé à l’ARES.

 

A5 : Comment vois-tu les relations avec la FAGE, notamment sur cet aspect international que tu viens d’évoquer ?

VdC : Justement nous envisageons cet aspect à travers un principe de co-construction avec la FAGE. Ce doit être un travail commun, que ce soit sur l’enseignement des Sciences Sociales en Europe ou sur la notion de citoyenneté européenne: nous représentons une grande partie des étudiants en France, c’est donc important d’être actif sur ces sujets. Mais le but n’est pas de se marcher dessus bien au contraire ! Actuellement nous avons pour ambition d’aller à l’ESU (European Students’ Union) et d’être beaucoup plus impliqués dans tous les sujets que traite la FAGE au niveau des Relations Internationales. Jusqu’ici tout se passe très bien et ils sont même étonnés de notre implication si fraîche sur ces sujets.

 

A5 : Quel est ton meilleur souvenir associatif ?

VdC : Mon premier concours d’éloquence, le concours Démosthène d’Aix en Provence.
J’étais jeune et très timide à l’époque, et voir des étudiants s’adonner à un tel exercice face à des figures telles que Bertrand Perier ou Antoine Vey m’a particulièrement impressionné. Et observer que le travail d’une association était capable de réunir autant la communauté universitaire m’a vraiment marqué.

 

A5 : L ’A5 prend de plus en plus d’ampleur, le nouveau bureau est très motivé, avec de plus en plus de membres. Comment envisages-tu les relations avec l’A5 et les manières de travailler ensemble ?

VdC : Ce qui est sûr c’est qu’il faut pérenniser le parapluie que constitue l’A5 pour créer de bonnes relations avec nos anciens, des relations stables et bienveillantes. Et cet aspect est très bien réalisé par l’A5.

En termes de projet, sur le volet Insertion Professionnelle nous avons vraiment la volonté de travailler sur le réseau d’anciens et sur l’annuaire pour nous développer et que notre réseau d’anciens soit utile et accessible. Surtout accessible car à l’heure actuelle il est difficile pour un étudiant du réseau de se rendre véritablement compte de l’utilité qu’a ce réseau et de voir à quel point il peut lui servir dans son parcours de formation et dans son parcours professionnel.

Tout le volet partage de compétence est également important : un annuaire et un réseau d’anciens ne servent pas qu’à l’étudiant qui a envie de s’insérer professionnellement, ils servent aussi à la structure qui évolue d’année en année. Par exemple le pôle RI qui n’existait quasiment plus depuis 2 ans va pouvoir s’appuyer sur les personnes qui en avaient la charge auparavant pour les aider et échanger avec elles sur ce qu’était la politique RI de l’ARES.

Ce sont donc ces 2 volets qui sont intéressants: le volet ARES et le volet “après l’ARES”, l’interne et l’externe.

Enfin et ça n’est pas des moindres, l’accompagnement psychologique du bureau actuel de l’ARES est très important et c’est un rôle que joue très bien l’A5, que ce soit à travers les afterworks ou toutes les rencontres que nous avons avec les anciens et qui sont toujours présents pour nous apporter du soutien.

 

A5 : Un dernier mot pour les anciens ?

VdC : Merci pour tout ! Vieillissez bien ! (rire) Plus sérieusement, merci pour tout le travail que vous fournissez et que vous avez fourni pour l’ARES !

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