“L’engagement associatif est un accélérateur de compétences et dope la confiance en soi” Interview de Karen Turck

Régulièrement, retrouvez sur le site de l’A5 des interviews de membres de notre réseau qui partageront leur parcours, leur expérience et l’importance qu’a eu l’associatif dans leur transition avec le monde professionnel.  

A5 – Peux-tu te présenter ? Où habites-tu et quel métier occupes-tu ?

Karen Turck – Hello, moi, c’est Karen. Je vis en Savoie, pas en altitude, ni au pied des pistes, mais à Aix-les-Bains, au bord du lac du Bourget. J’ai regagné ma région natale où je travaille en tant que collaboratrice d’élu depuis plus de 5 ans.

A5 – Quelle a été ta formation universitaire et ton engagement associatif ?

KT – Je suis diplômée d’un M2 droit international public, obtenu à l’Université de Strasbourg, à la suite duquel j’ai poursuivi avec une formation en sciences politiques à Lyon.

Mon engagement a commencé tôt, en rejoignant le Parlement européen des Jeunes au lycée, tout en continuant à être déléguée de classe et élue au conseil d’administration.

C’est en 3ème année de droit à Strasbourg, que j’ai repris le chemin de la vie associative. Etudiante cette fois-ci. L’engagement associatif s’imposait comme une nécessité à mon sens, pour parfaire mon expérience étudiante. Depuis mon passage en hypokhâgne (prépa littéraire), c’était une frustration allant croissant, de me contenter du rythme académique : aller en cours, bosser mes TD, et passer mes examens. J’avais envie de vivre ma condition étudiante pleinement.

Très vite, j’ai intégré le réseau international de l’AIESEC (Association internationale des étudiants en sciences économiques et commerciales), une ONG qui met en lien des étudiants du monde entier pour trouver des solutions de stage d’un pays à l’autre.

En charge des relations extérieures, puis présidente, j’ai tenu notamment à renforcer les liens du comité AIESEC Strasbourg, encore tout jeune, avec d’autres associations étudiantes, et fait adhérer la structure à l’AFGES. Une vieille dame dont nous avons fêté les 90 ans et dont l’héritage oblige. Une véritable école politique.

C’est dans ce cercle que j’ai côtoyé et travaillé avec des férus de l’engagement et que j’ai saisi l’opportunité de sauter à deux pieds vers une nouvelle aventure associative : l’ARES !  J’ai repris la vice-présidence « relations internationales », dans le sillon d’incroyables modèles : Terry, Juliette, Vincent.

A5 – A quel point ton engagement a-t-il pu te préparer à l’entrée dans la vie active ?

KT –Totalement ! L’engagement associatif est un accélérateur de compétences et dope la confiance en soi.

Force n°1 : le sens du travail en équipe, car ce qui nous unit dans n’importe quelle association, c’est avant tout un projet, qu’on s’efforce de réaliser à plusieurs. On apprend à travailler avec des gens radicalement différents de soi. Dans le milieu professionnel, c’est pareil, il faut impulser et composer !

Un projet associatif n’est viable que parce que des bénévoles adoptent un cap commun, malgré des contraintes pratiques (blocage administratif, recherche de partenaires), des impondérables (partiels en décalé, jobs étudiants, événements personnels …). C’est d’autant plus vrai dans les fédérations nationales, où le lien doit fonctionner à distance quasiment en permanence.

Une équipe ne réussit que collectivement parce que chacun de ses membres adopte une même discipline. Cela suppose une sacrée dose de désintéressement, alors que sur les bancs de l’amphi, la plupart n’ont qu’une hâte : « rentrer mater une série oklm ».

Et de manière plus spécifique à la représentation étudiante, au sein de l’ARES comme au sein de l’AFGES, le réseau FAGE forge une culture politique au sens noble du terme.

A5 – Est-ce de même pour tes études et ton parcours de formation ? Pour toi les études en sciences sociales forment-elles assez au monde du travail ?

KT – Ce que je dois à mes études, c’est d’abord une aptitude à la réflexion et à l’analyse. Du luxe à l’heure de la sacro-sainte « employabilité ». C’est aussi un socle de connaissances, relativement brut à désépaissir par la pratique professionnelle.  Encore faudrait-il que le cursus universitaire classique encourage davantage l’alternance et les stages, mais aussi les césures, dès la licence.

Un atout de taille, à avoir étudié à la faculté, qu’on n’oublie souvent de valoriser une fois diplômé : c’est l’autonomie, la débrouillardise même. C’est moins vrai dans les grandes écoles dont les élèves sont plus encadrés, parfois plus couvés.

Certes, le système universitaire peut s’avérer hostile, ce qui exige un brin de maturité pour réussir. Tant que des correctifs permettent à tout à chacun d’y accéder (faible droit d’entrée, bourses, critères d’admission équitables…), alors libre à tous les étudiants de tracer leur chemin et saisir les bonnes opportunités. Welcome to the jungle !

A5 – Selon ton analyse quelles sont les force et faiblesses du modèle universitaire ? Tu es doté d’une baguette magique, cite 3 choses que tu améliorerais dans les études supérieures ?

KT – Je ne suis plus assez dans le coup.  Mon parti pris d’ex-VP relations internationales me fera dire :

1 – renforcer à tout prix les expériences internationales,

2 – l’intégration des langues étrangères dans les cursus en France

3 – encourager davantage d’étudiants français à effectuer un cursus en Erasmus ou autre programme, via un système d’octroi de bourses étudiantes simplifié.

A5 – Est-ce que le parcours extra-scolaire prime sur le diplôme pour toi, dans un processus de recrutement ?

Il ne prime pas et ne doit pas primer. Pour autant, celui qui se prévaut d’avoir obtenu son diplôme sans redoubler, ou même avec mention, sans aucune activité, aucun engagement para-universitaire, part avec un sacré handicap dans la vie professionnelle, comparé à celle ou celui, qui a mené plusieurs challenges de front. D’autant que beaucoup d’étudiants associatifs travaillaient en parallèle de leurs études. J’en faisais partie. Cette somme d’efforts vous révèle, distingue votre personnalité et vous fait ressortir du lot en entretien.

A5 – Pour toi l’intérêt de l’A5 c’est ?

KT – Garder un lien, être à portée de main de ceux qui ont pris la relève, sans faire les « anciens combattants ». C’est rassurant de ne pas tourner complètement la page, d’entretenir une petite flamme étudiante et associative, et de savoir qu’on peut être utile les uns aux autres.

A5 – Enfin pour finir, quel est ton meilleur souvenir associatif ?

KT – Participer au 8th Youth Forum de l’UNESCO. La FAGE avait monté une délégation. Très vite, nous avons eu l’impression d’avoir été une simple caution de la jeunesse. Notre délégation a poussé pour l’adoption d’une motion en catimini afin de défendre les fondamentaux de l’enseignement supérieur. Difficile de recueillir l’adhésion, la plupart des représentants qui siégeaient à nos côtés avaient tout de pantins diplomates en voyage à Paris, tant la représentation étudiante s’apparente davantage à du professionnalisme, pour ne pas dire du clientélisme politique. (C’est vrai dans certains syndicats étudiants français aussi). La motion malgré tout est passée. Une belle bataille de remporter pour nos idées ! French touch !

Plus généralement, c’est ce sentiment d’être montée à bord d’une machine, lancée à grande vitesse, sentir sa puissance de frappe, faire en sorte qu’elle avance encore, en faisant le plein de talents complémentaires, avec  l’envie d’agir dans l’intérêt général comme carburant. Ça c’est l’expérience ARES !

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